Il y a des fois où je me dis, bon sang, j'aimerai tellement être quelqu'un d'autre...
Ces fois où, en me regardant dans le miroir, je me dis que je ne vaux rien, que la terre m'a craché pour le plaisir de voir souffrir un être humain plus qu'elle encore.
Je suis le jouet de dame Nature, qui ne supporte pas que ses créations la détruisent.Je suis son souffre-douleur.
Et, croyez moi, ce n'est pas une mince affaire...
Et puis ces fois où, dans le même miroir, je me regarde, et je me dis que finalement, ça aurait pu être pire.
Je ne suis pas laid.Je ne suis ni gros, ni maigre, ni petit, ni grand.
Je ne suis pas stupide, et j'ai de bons résultats en cours.Mais pas trop, je ne passe pas pour un bourreau de travail, les gens m'aiment plutôt bien.
Je n'ai pas de problème de santé.
Mes parents sont aisés, mais je ne suis pas pourri.Mes parents sont aimants, et j'aime mes parents.
Je ne souffre pas non plus du fait d'être fils unique.
J'ai de grands yeux bleus, et une crinière couleur charbon.
Androgyne, oui, mais juste ce qu'il faut.Je ne choque pas.Les gens ne se retournent pas sur mon passage.
Mais alors, de quoi tu te plains, à la fin !?
Je plais aux filles...Un peu trop, parfois.
Alors quand à leurs avances je réponds, je suis gay, évidemment, ça jette un froid.
Le problème ? Le voilà.
Je suis un putain de gay...
Et dame Nature, en sa volonté de faire de mon existence une épreuve, a fait le monde certes évolué, certes réussi, mais en aucune façon tolérant.
Ce mot est inconnu, ici bas.
Tous les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits...
Menteurs.
Tous une belle bande de pourris...
Oh non ! Non, pardon.
L'erreur, c'est moi.
Aberration génétique, phénomène de foire, je connais bien ce sourire méprisant que l'on m'offre quand je passe.
Cette haine dans le regard quand je frôle d'un peu trop près un camarade du même sexe.
«Pardon ? Moi, homophobe ? Tu délires, là ! J'accepte très bien les g...Eeeeh l'homo, écarte toi, j'suis pas un monstre comme toi moi !»
Monstre.
Est-ce pêcher que d'aimer ?
Non.
Mais la Femme existe pour aimer l'Homme, et l'Homme pareillement.
Le blanc est fait pour être blanc, et le noir pour être noir.
Soupir.
« - Maman ?
- Oui mon c½ur ?
- Tu m'aimes ?
- Quelle question ! Bien sûr que je t'aime !
- Maman ?
- Oui ?
- Je suis gay.
- ...
- Maman ?
- ...Oui... ?
- Tu m'aimes ?
- ...Je...J'ai des choses à faire, laisse moi. »
Prévenir toute la famille, aller pleurer chez les voisins, demander à Dieu de remédier à ça, prier pour que ce ne soit qu'un rêve...
Il y a tant de possibilités, de choses à faire, quand on apprend que son fils a une maladie grave, une tare dont chacun soupir de soulagement quand il est sûr de ne pas en souffrir dans sa maison...
Mais le gifler, au point de laisser sur sa joue une marque indélébile, je n'y avais pas pensé, je l'avoue sans honte.
Moment à savourer pleinement.
De la Honte, sans cesse, j'en suis couvert, maintenant.
Shame, Shame...
Il y a des fois où je me dis, bon sang, j'aimerai tellement être quelqu'un d'autre...
Ces fois où, en me regardant dans le miroir, je me dis que je ne vaux rien [...]
Ces fois sont de plus en plus répétitives, à présent.
Et puis ces fois où, dans le même miroir, je me regarde, et je me dis que finalement, ça aurait pu être pire.
Ces fois là n'existent plus.
Même plus la peine d'y songer, évidemment.
Maman,
Ce que le monde ne pouvait tolérer, toi j'ai cru que tu en serais capable...Mais à tort.
Si seulement tu m'écoutais, tu comprendrais peut-être, mais tu es un peu étroite d'esprit.
Bien sûr, je ne t'en veux pas, comment le pourrais-je ?
Je tiens tellement à toi.
Jusqu'à un certain temps, toi aussi, tu te souviens ? Avant que la haine et le dégoût n'obstruent ta vision.
Oui, tu m'aimais, maman.
Quand tu m'as mis au monde, je suppose que tu devais être heureuse.
Quand j'ai ramené de bons résultats, tu as dû être fière.
Non ?
Alors pourquoi quand j'ai accepté ce que j'étais, tu ne l'as pas été ?
Pourquoi n'es-tu plus fière de ton fils ? De ta chair, de ton sang ! Ne me renie pas !
Si Dieu n'avait pas toléré qu'un Homme puisse en aimer un autre, il n'aurait pas créé ce genre de personnes.
Maintenant que je l'ai rejoins, je peux lui demander.
Quitter cette terre pour ne plus être un poids sur tes épaules n'est pas pour moi un sacrifice, mais un don.
Dis à papa toute l'admiration que je lui porte, et prends soin de toi.
Ton fils qui t'aime.
Si voir des Anges signifie être arrivé au Paradis, alors je n'y suis pas encore.
Mais assurément, je m'envole pour un monde meilleur.